Jeudi 9 Février :
Après une nuit un peu agitée à cause de la chasse aux moustiques et beaucoup de temps passé caché sous ma couverture polaire, je me lève à 7h et essaie de repérer Ivy, la patronne. Elle revient un peu plus tard du marché les bras chargés de dizaines d'oeufs.

Elle me prépare le petit déjeuner le temps que je me douche et que je fasse mon sac. J'avais demandé un petit déjeuner philippin et j'ai donc une belle assiette avec un œuf au plat, du riz rouge, et de la longanisa - saucisse de porc légèrement sucrée avec oignons et ail - faite maison, ainsi qu'un thé. Je me régale vraiment.

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Il est temps que je m'en aille car il me faut attraper un jeepney pour Bontoc au plus vite si je veux arriver à rejoindre Banaue dans la matinée. Je me prends quelques sucreries au riz gluant au marché et monte dans l'engin. J'y retrouve un des jeunes du resto d'hier soir qui s'en va sur Manille. Le jeepney part seulement vers 8h30 lorsqu'il est plein et nous arrivons trop tard pour le troisième et dernier bus à destination de Banaue.

Je vais voir avec le jeune au terminal des vans mais là aussi un tout plein vient de partir. Décidément ce matin j'ai tout loupé de quelques minutes. Je me pose dans un café à côté et bois un café barako et un jus de fruits. Un peu plus tard je retourne vérifier si le Jeepney de Banaue s'est un peu rempli et il n'y manque plus que trois personnes.

Je vais chercher mon gros sac et m'installe dans le véhicule avec d'autres touristes venus de Sagada après moi. Se rajoute un couple d'allemands et une jeune femme voyageuse solo ainsi qu'une locale et un autre gars. On peut donc partir, un peu après 10h40.

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Le trajet passe par une route de montagne depuis laquelle on a quelques opportunités de voir et de photographier des rizières en terrasse. Je ne vois pas de panneau pour l'altitude mais je pense qu'on passe à plus de 1500m. On peut le sentir surtout lors d'un arrêt proche d'un col que nous avons franchi où il fait presque froid. Je passe une bonne partie du trajet à rédiger mon blog et ne vois pas passer le temps.

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On arrive en un peu moins de 2h de trajet vers 12h30. Le Jeepney s'arrête en face de l'Office de tourisme où l'on doit régler une taxe environnementale de 50 pesos, faite pour la conservation du patrimoine. Je m'inscris en même temps qu'un italien, Giovanni, avec qui je discute un peu, heureux de pouvoir pratiquer mon italien. Je prends ensuite les escaliers et rejoins la route d'en dessous pour aller voir le guesthouse dans laquelle Giovanni réside, le Uyami Greenview Hotel.

La chambre simple avec salle de bains partagée est à seulement 250 pesos, parfait pour moi. Je pose mes affaires et monte au restaurant pour déjeuner. Je commande une soupe Greenview, avec nouilles, poulet, carottes, haricots. Ça me cale pour le reste de la journée car il y en a un plein saladier.

Je discute un peu avec d'autres touristes dont un couple de jeunes Suisses Allemands qui voyage pour près d'un an en Asie. Ils me disent que les rizières d'Hapao sont plus vertes que celles de Batad et que c'est une belle balade à faire. Une jeune fille voyageuse solo me parle pour sa part du bus de nuit de la compagnie Florida, un bus deluxe, pour Manille qui a l'avantage de partir à 20h et d'arriver à Cubao, plus central, et vers 6h du matin.

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Riche de ce bon conseil, une fois terminé mon repas, je me dirige en tricycle vers le terminal des bus de Dangwa. J'achète donc mon billet pour Manille, de nuit, pour 530 pesos et monte à pied la côte. Je demande mon chemin à un monsieur buvant un café sur le balcon d'un restaurant guesthouse. Je lui demande si c'est la direction des rizières d'Hapao. Il me répond que non mais qu'il peut m'y amener avec son tricycle. Il m'invite à monter voir sa fiche tarifaire et me donne son avis sur les diverses excursions.

Après mûre réflexion je décide d'aller voir les rizières en terrasse de Bangaan, inscrites au patrimoine de l'humanité même si le temps est toujours très couvert. Mon chauffeur s'appelle José, et nous embarquons dans son vieux tricycle propulsé par une vieille Rusi 175, la marque low-cost chinoise la plus vendue aux Philippines.

On fait donc le trajet jusqu'à Bangaan, un village entouré de rizières en terrasse. La particularité de ces rizières inscrites au patrimoine de l'humanité c'est qu'elles ont été bâties ainsi, avec des murs en pierre pour les soutenir, il y a près de 2000 ans par les ancêtres des actuels Ifugaos, l'ethnie locale.

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Après quelques minutes de prise de photos, j'ai même la chance d'avoir trois minutes de percée du soleil à travers les nuages, ce qui donne lieu à une autre salve de photos.

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Vu le temps et vu le peu que ça me coûte en plus, je décide de quand-même rejoindre Batad, de l'autre côté de la colline ce qui amène mon total d'aujourd'hui à seulement 1100 pesos, là où les sorties de l'Office de tourisme m'auraient coûté plus du double. On revient donc à la Batad Junction, la pâte d'oie d'où part la route pour Batad.

Comme ça monte sévère, José me demande d'allonger les bras vers l'avant et d'avancer mon corps pour une meilleure répartition du poids. On arrive au col en passant une seule fois la première. De là on descend encore plus fort, évitant tous les glissements de terrain laissés ainsi plutôt que de les nettoyer. On arrive là où la route s'arrête et je descends et me fais accompagner par un jeune jusqu'au point de vue.

On suit un petit sentier qui mène au village, le même par lequel tous les habitants passent pour aller chez eux ou se ravitailler. Le point de vue est la terrasse d'un petit café duquel on peut apercevoir tout l'amphithéâtre naturel composé par les rizières en terrasse. L'endroit est d'une quiétude exceptionnelle et mis à part mon guide et moi et les patrons du café, il y a juste un couple d'allemands à la retraite qui a passé la nuit ici.

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Je discute un peu avec eux et leur donne quelques conseils pour la visite des îles puisqu'ils se rendent dans le sud après Banaue. Je leur conseille aussi le bus de 20h de demain qui arrive à Manille à la gare de Cubao qui est plus centrale et dans une zone moins craignos que Sampaloc. Je prends plein de photos et profite de ce moment de calme avant de retrouver le boucan de notre tricycle.

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En revenant vers la route je discute un peu avec mon jeune guide qui est en fait étudiant en agriculture, spécialité maraîchage, dans sa deuxième année sur quatre. Son école possède des serres dans lesquelles ils produisent qu'en bio. Je lui pose la question qui me brulait les lèvres, les légumes qu'on trouve au marché sont-ils sains ou avec des pesticides. Il me répond que la plupart des gens qui vendent sur le marché n'ont pas les moyens de se payer des produits phytosanitaires et que du coup c'est quasiment que du bio.

On repart avec José vers la ville, de nuit, avec une nouvelle position assise dans le tricycle, cul près de la moto pour la première partie très raide. On arrive à Banaue et il me pose à mon hôtel. Je lui dis à demain et retrouve mon collègue italien Giovanni dans la salle de restaurant. Je m'installe avec lui et on discute une bonne partie de la soirée.

J'apprends qu'il a quitté l'Italie il y a près de 12 ans pour partir travailler aux Pays-Bas et qu'il n'y retourne que peu souvent. Il est originaire de Rome au départ. Il me dit être impressionné par mon niveau d'italien, surtout 15 ans après avoir quitté le pays. Je lui explique que j'avais du m'adapter assez rapidement car personne ne parlait français dans l'entreprise où je travaillais à San Remo.

Je le quitte un instant pour aller un peu plus haut dans la rue me chercher à manger. J'attape un siopao et quatre siomai dans une petite cantine plus haut dans la rue tenue par une petite mamie qui parle bien anglais. De retour au restaurant je commande un riz à l'ail pour accompagner tout ça.

Un peu plus tard Giovanni va se coucher et je vais un peu à l'extérieur pour finir la bière. Il s'est mis à pleuvoir un peu. Devant la petite épicerie attenante je discute un moment avec des petits jeunes qui boivent aussi. Ils se présentent tous et on parle un peu tourisme, accueil philippin, et autres. Il y a aussi un jeune guide, même pas la vingtaine, et qui a quelques notions de français.

Un des jeunes me propose de chiquer avec lui de la noix de bétel. Il me prépare la noix avec la feuille, une petite feuille de tabac et une poudre abrasive à base de coquilles. Ici ça s'appelle la momma. Je dois mettre l'ensemble dans la bouche et mastiquer pendant quelques minutes. Je ne dois pas déglutir mais cracher le surplus de salive qui rapidement, comme leurs dents, devient rouge.

La sensation est assez bizarre, un peu anesthésiante, avec une impression de chaleur dans la bouche. C'est très sec au début, le temps que les glandes salivaires s'activent, et relativement amer. Je mâche en va compagnie pendant une paire de minutes puis recrache l'ensemble. Je me rince la bouche avec le reste de bière et quitte mon jeune ami philippin.

Je vais à la salle d'eau pour bien me laver les dents et évacuer les derniers morceaux de noix. Je remonte ensuite à la salle de restaurant et écris mon blog. Je traîne encore un peu puis descends me coucher vers 23h.